La vibration des strates
2024-2025 Dans le cadre d’une commande du Château d’Eau, en partenariat avec l’ETPA.
Jean-Max Colard et Juliette Singer *
La vibration des strates est une déambulation photographique conçue non pas à deux mais ensemble. Caroline Andrivon et Mathis Benestebe rendent visible l’état inapparent d’un lieu familier : le chantier de rénovation du Château d’Eau.
À première vue, nous entrons dans un lieu en désordre, élaboré par le lexique visuel de l’ambivalence. D’une part, une vision diurne du chantier et des hommes qui l’occupent, baignant dans la poussière et le bruit des machines. D’autre part, l’inquiétante étrangeté d’un intérieur dénoyauté, traversé par l’heure bleue, où la seule tangente est offerte par les outils de chantier.
Les vues plongeantes, contre-plongeantes et frontales de Caroline Andrivon fragmentent le corps collectif et détaillent la profondeur du geste constructeur - mesurer, peindre, arracher, poser, creuser, visser/dévisser, marteler, appuyer, couper - ainsi se compose cette indéniable chorégraphie de l’effort. Si l’universalité de ce labeur dissimule les visages, les matériaux et les instruments qui le constituent demeurent perceptibles.
Les plans serrés de Mathis Benestebe portent en eux la vibration des vestiges d’archéologie sous-marine. Déployés au sein d’un espace liminaire et onirique où l’on se sent à la fois observateur(trice) et observé(e), ils se situent à la lisière entre déconstruction et transformation.
Finalement, n’est-ce pas une des constituantes de l’essence photographique de montrer un sujet demeurant en mutation, à travers un projet achevé ?
La vibration des strates révèle que la répétition est indispensable à la définition du mot rénover, à savoir ; redonner sa force à quelque chose.
Jola Llogori
*COLARD Jean-Max, SINGER Juliette, Pour une “Poétique du Chantier”, Ligea, 2010/2 N°101-104, pages 45 à 46
75 photographies
Centre culturel Saint-Cyprien, Toulouse